mercredi 28 juillet 2010

Où l'on reparle de liberté de la presse ...

Un sujet bien difficile en France que la liberté de la presse, surtout lorsque les hommes (et les femmes en l'occurrence) politiques y mettent leur nez. D'un point de vue idéaliste, la question devrait être simple: combiné à la liberté d'expression de manière générale, un organisme de presse quel qu'il soit devrait pouvoir parler de tous les sujets sans contrainte et sans risque judiciaire. Seulement ce n'est pas si simple, lorsque l'on parle de liberté, on ne doit pas oublier que celle-ci s'applique à tous et que, par conséquent, la liberté de certains ne doit pas déborder sur celle des autres ni atteindre aux droits des individus quel qu'ils soient.

C'est un sujet complexe, lorsqu'un article aborde une affaire impliquant un homme publique (un homme politique par exemple, mais pas seulement), on aurait tendance, au nom de la liberté de la presse, à vouloir le laisser s'exprimer. Seulement, si l'affaire n'est pas encore jugée, si l'article colporte des bruits ou des faits invérifiables, la présomption d'innocence de la (ou les) personne(s) concernée(s) n'est pas respectée, pire la forme que prend souvent ce type d'article ne laisse pas vraiment de possibilité de réponse par l'intéressé. C'est un vrai problème, car bien souvent si la personne est innocentée par la justice, la marque laissée dans l'opinion publique reste, voir dans l'esprit de certains cette innocence est contestable et pourrait même être la preuve que la justice n'est pas complètement indépendante et équitable.

Si l'on regarde l'histoire de la république, les exemples sont nombreux et parmi ceux-ci beaucoup sont ceux qui n'ont pas survécus politiquement dans ce genre d'affaire (et ce quelque soit leur culpabilité.)

Faut-il dans ce cas limiter la liberté de la presse, devrions nous interdire la divulgation d'information sur des affaires en cours tant que celles-ci ne sont pas jugées ? Je ne le pense pas, on en connaît les risques également et l'histoire, la encore, nous offre de nombreux exemples d'iniquités judiciaires qui n'auraient peut être pas eues lieu si le publique avait été informé.

Alors ? Pour moi la solution n'est pas forcément dans la lois. Et Internet justement nous offre un exemple intéressant. La force de la presse et son impacte sur la vie politique est proportionnelle à sa crédibilité. Réguler officiellement, ou donner l'impression que l'information propager par la presse est vérifiée lui donne une forme de sanctification et un pouvoir d'influence considérable. À l'inverse, lorsqu'un organe de presse est (ou semble) sans aucune forme de contrôle ou lorsque celui-ci est trop ouvertement partisan, le publique se méfie de son contenu. Il arrive même qu'une information, vérifiée, perdre de son impact si elle est aussi relatée par un organe de presse contesté.

Il faut démystifier la presse, au sens que l'information qu'elle relate ne doit ni être prise pour parole d'évangile, ni être rejetée sans autre forme d'examen. C'est la qu'Internet intervient, sur Internet il n'y a pas (il ne peut probablement pas) y avoir de contrôle de l'information. La quantité, l'absence de frontière et l'déstructuration du réseau font que toute information, quelque soit sa source, doit être passée au crible d'un examen attentif et d'un doute objectif. Si cette culture de la validation par le lecteur (et non par un hypothétique organisme de contrôle) se développe, alors la presse pourra retrouver une place adaptée dans la vie publique.

Voila pour la théorie, et en pratique ? En pratique, en France en particulier, seule la presse parle de la presse et la vision (et donc la nécessité d'une lecture objective de son contenu) que l'on a de cette presse n'est pas neutre. Il n'est pas dans l'intérêt d'un journal d'éduquer ces lecteurs pour que ceux-ci remettent en cause son propre contenu, au mieux, on verra certains appliquer se concepts à leurs concurrents plutôt qu'à eux mêmes.

Un autre point important dans une discussion sur la presse en France est son caractère communautaire: les journalistes et une bonne partie de leurs éditeurs (en tout cas des acteurs de l'édition) appartient à un même milieu culturel, social et politique. Comment, dans ces conditions, pouvons-nous faire confiance à la presse ?

Un exemple qui me choque beaucoup depuis quelques années concernent le traitement de Sarkozy. En même temps que celui-ci se construisait une place pour la présidentielle de 2007, on a vu se multiplier les attaques médiatiques sur sa personne et ses prétendues velléités fascistes. Soit, il ne plaît pas (au moins à la presse, puisqu'il a quand même était élu et avec un bon score), mais dans le même temps on l'accuse (dans la presse) de vouloir (et de pouvoir par l'entremise de ses relations mondaines) contrôler les médias (sous-entendue, la diffusion de la presse.) Or, comment un journaliste peut-il affirmer qu'un homme politique fait censurer la presse sans être lui même censuré ?

C'est un point important dans la vision que l'on peut avoir de la presse française. Celle-ci est composée d'êtres humains, qui ont comme il se doit leur propres opinions. On ne peut imaginer dans ces conditions que la presse puisse être impartiale, et ce n'est d'ailleurs pas un problème tant que la diversité des opinions ont une chance équitable d'être représentée et tant que le publique a conscience de cette partialité. Malheureusement pour nous, ce n'est pas le cas en France.

Je prenais l'exemple du traitement que reçoit l'actuel président dans la presse mais ce n'est pas le seul exemple. Il y a eu une petite affaire (qui n'a malheureusement eu que peu d'écho) concernant la retransmission par l'AFP de certains bulletins d'information du gouvernement. En gros, l'AFP qui est censé être un organisme neutre à toute liberté de diffuser, ou non, les communiqués de presse des partis politiques ou du gouvernement. Seulement voila, c'est le point de passage obligé de l'information gouvernementale vers la presse, l'un des rôle de l'AFP est justement de permettre à des organismes (publiques ou non) de diffuser leur message sur l'ensemble de la presse sans avoir à contacter chaque acteur du paysage médiatique individuellement. Donc, en théorie, lorsque le gouvernement veut informer de manière construite (sous entendu, avec un contenu plus solide que ce que permet une interview), il rédige un communiqué et le transmet à l'AFP, qui pourra alors le rediffuser à sa discrétion (en généralement en publiant un résumé accompagné d'un lien quelconque vers l'original.)

Seulement, de par son autonomie, l'AFP n'est pas tenu de faire tout ça, il peut tout simplement ignorer le communiqué. Du coup, dans certaines situations, le gouvernement voit ses réponses ou ses justifications passer à la trappe. Pourquoi ? Parce que l'AFP n'est pas neutre, ayant sa propre ligne éditoriale (au nom de la liberté de la presse), l'agence peut choisir l'information qui sera relayée. L'AFP étant l'une des sources majeures d'information de la presse française, elle peut (et elle semble le faire) contrôler le paysage de l'information en France.

Belle démonstration de la liberté d'expression, n'est ce pas ?

lundi 20 juillet 2009

Effondrement politique ...

J'avais un peu mis de côté la rédaction de ce blog (peu de temps, peu de volonté aussi) mais l'actualité politique (ou, plutôt l'inactualité) me donne des envies d'écrire.

Le sujet du moment ? La crise du PS, bien évidement. Mais pour moi il s'agit de plus que ça. Je n'ai jamais caché mes idées, elles ne me portent pas à gauche c'est un fait, j'ai même été assez entousiaste sur l'élection de N. Sarkosy, je ne m'en cache pas. Par contre, je n'en suis pas un millitant pour autant. Et surtout, j'aime la démocratie, la vraie, celle où les idées se complètent et les alternatives permettent de construire un meilleur avenir.

Mais pour qu'il y est une bonne démocratie, il faut une bonne opposition. Qu'est ce qu'une bonne opposition ? Sûrement pas une opposition qui cherche l'affrontement systématique, le blocage, et la petite bête qui permettra de noircir le pouvoir en place. Ni une opposition "qui s'abstient" quand elle n'est pas contre, mais pas pour non plus, hein, pas question de soutenir l'action des autres, c'est mauvais pour l'image et s'ils se plantent (ce que les français ne souhaitent surement pas, on en a pas franchement besoin) on pourra toujours dire que l'on était contre mais que nos voix n'étaient pas assez nombreuses pour barrage (et si ça marche aussi, vous vous rappelez, on ne s'y est pas opposé ... )

Alors, avons nous une opposition en France aujourd'hui ? La réponse est sans appel: non. On a, parrait-il, un parti de centre indépendant (indépendant des électeurs ?), un parti de gauche prétendument socialiste et puis effectivement, on a une extrème gauche, des écolos bien mûrs (plutôt rouge pour des verts) et quelques formations vagabondes pour égayer le paysage (souverainistes, nationnalistes et même un parti antisémite ... ) et nous rappeller qu'en politique tout est bon pour prendre des voix.

Mais soyons sérieux: le Modem aurait pu être intéressant comme parti d'opposition (tant face à gouvernement de droite que de gauche) mais justement, on a l'impression que c'est la seule et unique vocation de son leader, être contre les autres. Je suis trop jeune pour avoir connu la 4e (et encore moins la 3e) république, pourtant, je trouve comme des relents des républiques passées dans les discours de Bayrou: "laisser nous entrer à l'assemblée, on fera nos petits arrangements une fois la porte fermée ... " Mais quel est sont programme ? Être dans l'action gouvernementale quand ça l'arrange, ne pas voter ce qui ne lui plait, pouvoir dire "j'étais contre" même s'il était impliqué dans le gouvernement (il l'a déjà fait, lorsqu'il s'attaque à la droite, souvenez vous de quand il a été ministre ... ) Mais dans tout ça, quel avenir voit-il pour la France ? Pour lui, oui, il voit un avenir, mais pour nous ?

Le centre n'est donc pas la solution, le PS ? L'actualité ne prette pas à sourire, ou au contraire, trop justement. Nous voila avec un parti bâti sur les ruines de la gauche pré-1958, gonflé et porté à bout de bras par un monstre de la politique pour arriver, en 1981, à revenir au pouvoir (n'oublions pas que François Mitterand fut ministre assez régulière sous la 4e, sans oublier ses aventures péténistes.) Et puis ? Plus rien, on passera sur l'ère Mitterand des années 80, mis à part un démarrage scabreux au point de faire table rase et de repartir en suivant ... le modèle néo-ultra-libéral anglo-saxons ! On oublie souvent le fait que la France durant cette période (et avant la cohabitation de 86/88) n'a fait que suivre le mouvement amorcé par le couple Regan/Tatcher. Mais personne n'a rien vu, tout le monde croyait encore que le S de socialiste n'était pas là pour rien, surtout les convertis ex-communistes, PSU et autre mouvement mort (ou presque) depuis. L'ambiguité a presqu'été levée en 1997 avec Jospin, presque ? oui, là encore, les gens ont cru que le terme de socialisme impliqué forcément un profond attachement au peuple et son bien vivre. Résultat: défaite mémorable en 2002, défaite en 2007 malgrè le sursaut des régionales et encore défaite aux dernières élections européennes ...

Pourquoi ? On peut faire de long discours sur les dissentions internes, les erreurs politiques, le populisme et la communication de Sarkozy, on peut, mais est-ce tout ? Voila un parti, le parti socialiste le mal nommé, qui prétend défendre le progrès social. Comment ? En entretenant le climat de défiance entre classes sociales (à mais on me rappelle que la lutte des classes est le fondement du socialisme, finalement c'est normal ... ) un imposant des réformes à l'utilité douteuse sous prétexte d'une obligation historique et d'une adéquation avec le modèle idéologique socialiste. Le bilan des 35h ? diminution du chomage ? Où, quand ? par contre ... la perte du pouvoir d'achat ... (n'oubliez pas le contre coup: de 35 à 39 heures, il y a heures hebdomadaires de moins, donc presque 10% de salaire en moins ... dont la régularisation c'est fait dans le temps entre l'application ferme de la loi, avant 2002, et aujourd'hui ... )

Seulement, le discours (et pas seulement celui des politiques) n'a pas changé: à gauche on défend le peuple on vous veut du bien, à droite c'est le règne de l'argent, des puissants et des inégalités ! On croirait entendre un discours religieux ! On a aussi eu droit au démoniaque Sarkozy et sa dictature. Où est-elle cette dictature ? Les zélotes de l'anti-sarko devraient aller faire apprendre ce qu'est la dictature, le monde n'en manque pas: Corrée du nord, Chine, Iran, Émirat Arabe Unis, Arabie Saoudite ... sans compter les pays qui échapent de peu à la classification comme la Russie.

Aura-t-on un jour, la chance de voir un parti (enfin plusieurs, le mono-partisme ne me sied guère) parler de progrès social sans parler de socialisme ? Voir une opposition qui cherche autre chose que l'amélioration de son image pour les prochaines élections ? J'espère en tout cas, que l'effondrement du PS va se poursuivre que l'on soit enfin débarrasser des arrivistes qui le dirrige. Au pire, le vide reveillera peut être les français et changera le langage bien pensant qui nous englue depuis tant d'année. Au mieux, le vide pourrait se combler de nouvelle force politique, moins idéologiquement rigide (voir sans idéologie, pour ce que ça sert) et plus constructive dans leur approche.

lundi 19 mai 2008

Grèves déguisées ?

Si vous prenez les transports en commun régulièrement comme moi, vous aurez peut être remarquer l'abondance d'incident depuis octobre/novembre dernier. Étrange, n'est ce pas ? Sur la ligne Paris Nord vers Pontoise ou Persan Beaumont (en gros les lignes passant par Ermont-Eaubonne) certaines semaines j'ai eu un incident (jamais bien expliqué) un soir sur deux.

Le matériel est-il si dégradé ? On se pose la question, surtout lorsque l'on fait le rapprochement avec les nouvelles règles sur le service minimum et l'obligation d'information en vigueur depuis janvier. De là à penser que ces incidents sont une forme déguisée de grève, il n'y a qu'un pas ...

Dernier gros problème en date, l'incendie d'un compteur électrique le soir du long week end du 8 mai (le 7 donc.) La gare du nord s'est retrouvé complètement parallisée pendant plusieurs heures, et une bonne partie du traffic vers le nord de Paris (pas forcément au départ de Paris-Nord) s'est retrouvé perturbé, voir stopper. L'incident aurait été excusable si d'autres n'avaient pas eu lieu "simultanément" impliquant une probabilité surréaliste de coincidences malheureuses.

Incompétence ? Laissé aller ? Irresponsabilité ? Malveillance ? On se pose la question. En tout cas, les usagers (qui n'on en général pas le choix d'utiliser le métro ou le RER) font encore les frais de ces disfonctionnements et, si on accepte l'hypothèse de la grève déguisée, les frais de l'attitude de mauvais joueurs voulant faire payer un choix démocratique qui ne leur correspond pas.

En attendant, chaque soir où je dois aller chercher ma fille à la crèche, je prie (le comble;) pour ne pas avoir de problème et arriver à temps ...

lundi 12 mai 2008

Journalisme et politique ...

Vous l'avez certainement remarqué ces derniers temps les médias se sont offusqués des remarques de certains politique à leur encontre. L'une des premières cibles est l'AFP (page Wikipedia) accusée (visiblement à raison) de filtrer certains communiqués de presse sur des critères douteux.

Du coup, la ministre en charge propose un texte obligeant l'AFP à retransmettre tous les communiqués des parties politiques ou de l'état. En soit, je n'y voit rien de choquant, après tout les communiqués des parties sont leurs déclarations publiques, elles sont faites pour être retransmises à l'ensemble de la presse. Mais l'AFP y voit une atteinte à leur liberté ! Quelle liberté ? Celle de choisir qui a le droit de s'exprimer ? Celle de choisir quels sujets sont dignes d'intérêt ?

Finalement, on se pose maintenant la question de savoir si l'AFP doit être un filtre et doit juger les communiqués de presse des parties avant de les retransmettre ou si son rôle n'est pas justement d'offrir un canal de diffusion publique équitable et indépendant aux politiques. Si l'AFP doit être une entité journalistique qui juge l'information et sélectionne celle qui doit être transmise, alors la France a besoin d'un autre canal non-journalistique dont le rôle serait de retransmettre l'information sans altération.

La question est épineuse, surtout en France où quoique l'on dise, le monde de la presse est fortement orienté (à gauche, mais peu importe.) La liberté de la presse entre ici en collision avec la liberté d'expression et la démocratie d'un côté et le droit à l'information du publique. Dans le cadre d'une agence d'information censée être indépendante mais surtout neutre, on se demande comment mettre en place un mécanisme réellement objectif sans atteindre aux libertés des journalistes (vous imaginez, il faudrait que chaque journaliste fournisse son orientation politique, et après à l'aide de quotas et de règles obscures à base de comités de lecture formés de représentant de chaque ... j'arrête les frais, c'est impossible.) Au final, séparer un canal d'information de la partie journalistique serait probablement la meilleure méthode, même si elle fait grincer des dents.

Ce débat rejoint également la question de la compétence en matière d'information. Est-ce que seuls les journalistes reconnus par leur confrère (on sent poindre la mandarinat ... ) sont capables de collecter et transmettre l'information ? La presse participative (comme AgoraVox par exemple) et le monde des blogs est elle fiable et digne d'intérêt ? Qu'est ce qui définit réellement un journaliste ? Ses études ? Son milieu social et professionnel ? Un petit bout de plastique ? L'accusation de partialité faite par la droite actuelle souligne la crise de la presse, les journalistes sont ils objectifs ? Qu'est ce que veut dire objectif finalement, peut on être considéré comme objectif sans critiquer systématiquement le pouvoir en place ? Si l'on doute de l'opinion globale des journalistes, on peut douter de leurs analyses de l'opinion publique, de l'objectivité de leurs articles sur la politique d'un gouvernement ...

Récemment avec la publication de chiffres positifs pour la croissance de 2007 et du premier trimestre de 2008, j'ai lu de nombreux papier critiquant la satisfaction (et même pour certains la jubilation) du gouvernement. Comme si, on avait pas le droit d'avoir des résultats positifs quand on est un gouvernement de droite. Tout ça dans un contexte d'affrontement entre journalistes et politiques (on notera d'ailleurs que l'on beaucoup entendu l'opinion de la branche presse de la CGT sur les critiques de l'AFP, je ne suis pas sûr que ce soit les personnes les plus neutres sur le sujet ... ) Pour rajouter de l'eau au moulin (et nourrir le troll) on n'oubliera pas que pendant ce temps, le gouvernement et l'assemblée travaillent sur les niches fiscales, notamment celle des journalistes ...

Cet affrontement n'est pas sans rappeler la guerre entre le gouvernement d'Alain Juppé et la presse entre 1995 et 1997, suite à la suppression de l'abattement de 10% des journalistes. Malheureusement pour la démocratie, ce genre d'affrontement effrite la confiance du publique dans ses élues.

lundi 26 novembre 2007

Grèves ... le retour de l'obscurantisme syndical

Nous voila sortie de plus d'une semaine de grève des transports ... une semaine de galères, de temps perdus, de fatigue ... J'ai attendu que ma colère descende pour m'exprimer sur le sujet. Un sujet, qui me semble à chaque fois appartenir à une autre époque, un autre monde.

Passons rapidement sur les motifs de cette grève: l'éternel débat sur le maintient des régimes privilégiés (dit régimes spéciaux) qui permettent à certains de bénéficier d'une retraite plus avantageuse au frais des autres. Le sujet est vieux, les arguments pour la suppression de ces régimes sont bien établis (et même certains socialistes, avant la période de grèves, avaient affirmé la nécessité de ces réformes) de l'autre côté, rien n'a changé, en entend toujours parler de préservation d'acquis sociaux et de défense des travailleurs, alors que les faits, sont de plus en plus en contradiction avec ce point de vue. Le débat est même démocratiquement clos, puisque la suppression était dans le programme des élections présidentielles et législatives de l'UMP, qui a visiblement gagné ces élections. Du coup, la réaction tardive des cheminots semble déplacée, un peu comme celle de mauvais perdants, qui contesteraient les résultats alors que tout est joué.

Mais, au delà du débat sur les retraites, la méthode me semble également contestable. Le mouvement s'articule autour d'une mécanique de pression sur la population (presque tous les usagés des transports en commun sont dépendants du réseau) et d'affrontements systématiques au détriment d'un dialogue constructif.

On l'a bien vu dans ce mouvement, les syndicats ont fait la grève avant de négocier. Ils étaient déjà dans le combat, sans avoir écouté les propositions du gouvernement. On peut comprendre (et on le doit) la nécessité du combat lorsqu'en face il n'y a aucune d'ouverture, mais aujourd'hui la situation est inversée: les réactionnaires sont maintenant dans le camp des grévistes.

On peut rapprocher cette attitude fermée à la situation dans les universités: les grévistes sont visiblement minoritaires (voir pour ça les résultats des votes à bulletins secrets, avec plus de participants, en contradictions avec les votes à mains levées des AG) et refusent le jeu démocratique. Tout se passe comme-ci les forces contestataires refusaient de ne plus être la voix du peuple, mais la voix de minorités politiquement orientées (sans être forcément engagées ou soutenues, d'ailleurs) contestant leur défaite dans le jeu de la démocratie.

Pourtant, la démocratie, sans être le système idéal, fournit une voie satisfaisante, laissant la part à la responsabilité et à la liberté individuelle, au détriment d'idéaux peut être meilleurs (rien n'est moins sûr) mais non voulus. La démocratie, en soi, rejette le concept du bonheur malgré soi, au profit d'une vision plus saine de choix individuels acceptés (à défaut de compris.) La démocratie, le groupe, la masse, peuvent se tromper, mais pas plus que le dictateur éclairé ou l'idéologue théoricien du bonheur commun. Mais surtout, en démocratie, les décisions viennent (plus ou moins directement) de chacun et pas contre chacun.

Et l'histoire (n'en déplaise à Marx) nous montre que le bonheur forcé n'a jamais rendu les gens heureux, bien au contraire (que reste-t-il du communisme: la Chine, la Corée du Nord, Cuba ... autant d'exemple de pays où tous nagent dans le bonheur ... )

Alors, lorsque j'entends parler de grèves, j'ai l'impression de retourner au XIXe siècle, dans une atmosphère de guerre civile et de révolution, où les vieilles rancœurs prennent le pas sur la raison et le bien de tous. Et je ne parlerais pas de la coupure sauvage d'EDF dans ma ville mardi 20 novembre de 6h à 7h30 du matin, au mépris des pauvres usagés et de toutes les règles élémentaires de sécurité !